Un nouveau souffle pour l'orgue de cinéma du collège Claparède

Ce bel instrument, c'est l'orgue de cinéma du Collège Claparède à Genève. Il a été construit par la firme américaine Wurlitzer en 1937 pour une salle de cinéma de presque 2'500 places à Londres. A la fermeture du cinéma, il a été racheté et installé ici en 1982 au Collège Claparède à Chêne-Bougeries.

L'orgue de cinéma a été conçu à l'époque du cinéma muet, pour accompagner les projections de films : un seul musicien pouvait remplacer tout un orchestre, avec des sonorités de cordes, de vents, de cuivres, de percussion, des effets spéciaux... A l'arrivée du cinéma parlant, il a été utilisé pour accompagner des entractes, en jouant de la musique de variété. La production s'est arrêtée à la seconde guerre mondiale, et les orgues ont été vendus, parfois détruits, remplacés par des instruments électroniques. Une tradition s'est maintenue en Angleterre, et un peu différemment aux Etat-Unis.

Cet orgue est un témoin très rare à son époque: dès son inauguration en 1937, il a été beaucoup enregistré par la BBC, et a acquis une grande célébrité. Les grands organistes l'ont joué et de nombreux enregistrements subsistent, qui permettent de se rendre compte du son original. Ses caractéristiques sont un sonorité très jazzy, percutante et pleine d'entrain. C'est un véritable big band à lui tout seul ! Et tous les spécialistes confirment que le son est bien toujours le même que lorsqu'il était à Londres.

Il ne reste aujourd'hui que très peu d'orgues de cinéma en Europe. Une cinquantaine sur le continent, à peine davantage en Angleterre, et quelques centaines aux Etats-Unis. Si l'on se limite aux orgues Wurlitzer - reconnus comme les meilleurs dans ce style - on tombe à moins d'une dizaine conservés en Europe ! C'est dire la chance que Genève a de posséder cet instrument historique dans son état original.

Depuis 2012, l'Association des Amis de l'Orgue de Cinéma du Collège Claparède s'est engagée à faire connaître l'instrument, organisant des festivals, des visites et des événements qui ont réuni un public de plus en plus nombreux et passionné, des artistes renommés sur la scène internationale, ce qui a fait parler de l'instrument aux quatre coins du monde. Elle a également travaillé à son entretien et mis sur pied ce projet de restauration.

Aujourd'hui, son état demande une restauration sérieuse. Elle se fera grâce aux facteurs d'orgue de premier plan, Robert et Abigail Balfour-Rowley, venus d'Angleterre et spécialisés dans les instruments de ce type, qui ont déjà à leur actif des restaurations prestigieuses. Au terme d'un long processus de réflexion et de consultation d'experts, un projet extrêmement soigné et précis a été mis sur pied pour assurer une conversation de l'instrument pour les prochaines générations.

 La conception de grande qualité de cet orgue lui a permis d'être toujours jouable aujourd'hui, malgré des périodes quasiment sans entretien. Néanmoins, certaines parties sont très usées. C'est le cas en particulier de toutes les pièces en cuir, qui servent à l'étanchéité dans l'orgue. Le cuir, pour une grande part vieux de 80 ans, tombe aujourd'hui en poussière. Il est donc être changé. La console de l'orgue, le poste de pilotage, doit être révisé pour que toutes les commandes soient instantanées et parfaitement fiables. Les relais, le cerveau de l'instrument, par lequel transitent toutes les connections et signaux électriques, doit être également entièrement restauré et le voltage de l'instrument remis au standard américain pour lequel il a été conçu. La tuyauterie doit être nettoyée, parfois cabossée, avant d'être remise en place et accordée. Enfin, le piano fantôme, un des trésors de cet orgue, doit être restauré également, ainsi que sa mécanique spectaculaire !

Avec ces travaux, l'instrument pourra regarder vers l'avenir : l'association a eu à coeur de créer également des événements pédagogiques, des cours de maîtres, pour former une nouvelle génération de musiciens capables d'inventer de nouvelles manières de jouer. De nombreuses combinaisons originales ont été expérimentées, mêlant l'orgue à des choeurs, un groupe de jazz ou de rock, de la danse ou des créations originales. Toutes ces couleurs, toutes ces possiblités montrent que cet orgue parle encore, transmet des émotions fortes au public d'aujourd'hui, et n'a pas fini de réjouir.

L'orgue du cinéma a été classé au patrimoine genevois fin mars 2026. Cette distinction protège l'instrument pour sa notoriété internationale, son état de conservation, et sa valeur sociétale, juste avant sa restauration complète au Royaume-Uni pour restaurer son état d'origine.